Avant même de produire plus, gâchons moins !

Les problèmes alimentaires redeviennent furieusement d'actualité au XXIe siècle : après les « émeutes de la faim » de l'année 2007, 2011 est marquée par des « émeutes démocratiques », qui néanmoins démarrent toutes par l'exaspération des populations urbaines face à l'augmentation du prix de la nourriture.

Nous allons avoir beaucoup de mal à nous nourrir tous et bien au XXIe siècle. Malgré les progrès énormes faits dans de nombreuses régions agricoles du monde, qui nous ont permis de nourrir 4,5 milliards d'habitants de plus à partir des mêmes champs au siècle précédent, jamais le nombre de gens qui ont faim n'a été aussi élevé sur la planète puisqu'il dépasse dorénavant le chiffre symbolique du milliard.

Il faudra encore augmenter de 70 % la production agricole mondiale dans les 30 prochaines années, pour faire face à l'augmentation de la population, à l'augmentation de la demande en viande et en lait, et au fait que l'agriculture devra produire plus que la nourriture : un peu d'énergie, et des matières premières industrielles.
L'Afrique est particulièrement menacée, puisque ce continent devra trouver le moyen, lui, de tripler sa production agricole.

Il est donc urgentissime de retrouver le chemin d'un investissement massif dans l'agriculture mondiale, particulièrement dans les régions où elle est actuellement peu productive et où la population augmente rapidement. Cette équation est compliquée par l'obligation de trouver de nouvelles techniques agricoles moins utilisatrices des ressources de plus en plus limitées de la planète, qui utiliseront donc beaucoup moins de terres, d'eau, d'énergie, d'engrais, de produits phytosanitaires et de machines.

C'est dire si la première des priorités consiste déjà à ne pas gâcher ce que l'on récolte. Or ce gâchis mondial de produits alimentaires est tout aussi considérable que scandaleux. En moyenne, un tiers de la récolte mondiale n'est pas consommé ! Si dans le Nord, on gâche sans compter des produits élaborés, en particulier à cause de nos normes sanitaires de plus en plus strictes et des achats en quantité excessive dans la grande distribution, dans le Sud le principal problème vient de la quasi-absence d'outils de stockage et de conservation.

Il faut donc, de toute urgence, des silos et des tanks pour l'Afrique, pour lui permettre de conserver dans de meilleures conditions ses maigres récoltes ! Et donc les capacités financières pour acheter ses silos et ses tanks, et les remplir.
C'est dire si l'initiative des « tanks à lait solaires »  et « chambres froides solaires » est totalement moderne : elle combine fort heureusement deux des principales priorités du XXIe siècle : nourrir l'humanité tout en sauvegardant les ressources énergétiques de la planète. Il lui manque encore la capacité d'investissement qui fait si grandement défaut en Afrique.

Aidons-le à la trouver !       

Bruno Parmentier, directeur de l'école supérieure d'agriculture d'Angers,
auteur du livre « Nourrir l'humanité » (éditions La Découverte).